Emmanuelle Delafraye

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Des princesses et des hommes

Editions du Rouergue

Collection doAdo, à partir de 12 ans

Sélectionné pour le jury des collégiens de Villefranche de Rouergue

Prix Coup de Pouce au salon du livre d’Eaubonne


 

CRITIQUES

 

 

« L’anecdote est brève mais infiniment évocatrice du difficile passage à l’âge adulte. Le récit n’est jamais appuyé. Tout est dans l’art supérieur de notations, de suggestion. La personnalité de l’ado se fiche comme une flèche obsédante dans la mémoire et la sensibilité du lecteur. .... Le roman est aussi caractérisé par sa coulée narrative, son aisance et sa netteté. Aucune fioriture, aucune afféterie, pas de grâce de style, le dialogue est naturel, la description sans surcharge. Nulle parenthèse, nul chemin détourné. Tout est choisi et dit pour contribuer à l’efficacité du récit qui laisse dans notre mémoire non seulement des faits et des raisons mais aussi des visages. »
 

Bibliothèque Jacques Prévert, Cherbourg, 2007
 

 

"Je ne m’aime pas particulièrement, je n’apprécie pas la vie que je mène mais c’est la seule que j’ai ; je ne veux pas la transformer en une vie d’allumée qui plane en permanence parce qu’elle s’est éparpillée dans l’éther."
Des pensées comme celles-ci, Lucille en a mille qui s’entrechoquent dans sa tête. Elle vit une période très difficile, ne trouve pas sa place, ne se connait pas… Lucille est une adolescente tumultueuse, originale avec une grande richesse en elle mais aussi un tel vide qu’elle fait n’importe quoi et s’évade loin, loin, loin auprès de son acteur fétiche de cinéma. Lucille mais aussi sa mère, ses amis Natacha et Vincent et même la « mémé d’au-dessus », chapitre après chapitre nous livrent à leur tour leur voix. C’est simple et juste, … touchant.

Ce roman destiné plus particulièrement aux jeunes porte en lui les questions existentielles de l’adolescence et indique un chemin parmi d’autres entre tourments et douceur.

Citrouille, Amélie Bardin, Tiers-Temps

 

Lucille est une jeune fille en rébellion contre le lycée, contre ses parents divorcés, contre elle-même. Elle fait tout pour se distinguer des autres, tant dans son habillement que ses actes et sa façon de penser. Solitaire, elle s’est construit un monde dans lequel elle vit à travers ses acteurs de cinéma préférés (« Longtemps, longtemps après, Johnny a pris Claire dans ses bras, l’a serrée contre son corps et je me suis endormie. », p. 62 : on notera le glissement de pronoms). Un monde tellement idéal qu’elle ne voit pas l’intérêt – réel - que lui porte un élève de sa classe, Vincent...
Ce roman « choral » fait intervenir dans de très courts chapitres une multiplicité de narrateurs : Lucille bien sûr, mais aussi le beau voisin célibataire, l’amie la plus proche, des professeurs, la vieille dame de l’étage du dessus, la mère (le père reste absent, comme dans la vie de Lucille)… Des anecdotes de la vie quotidienne se suivent, nous décrivant une jeune fille fragile, enfermée dans ses rêves et à l’avenir pénalisé par ses révoltes. Peu à peu, sans évènement déclencheur apparent, elle va régler ses problèmes avec ses parents, reprendre les études et affirmer sa personnalité de toute façon forte. Ce faisant, une relation avec Vincent devient possible, et les acteurs de cinéma n’ont plus de raison d’être dans son imaginaire. Alors qu’il s’agit d’une expérience relativement dure (voir les relations avec les parents, les éclats au lycée), Emmanuelle Delafraye opte pour un ton distancié, sans effusions de sentiments dans les phrases, et pose un regard quasi-tendre sur ses personnages (‘La mémé d’au-dessus’ : « Ma fille a encore insisté pour la maison de retraite. […] J’ai toujours vécu ici, dans cet immeuble, mon immeuble. », p. 11). On peut s’interroger sur l’aspect miraculeux du revirement de l’héroïne, mais l’écriture est suffisamment subtile et la construction bien choisie pour porter ce roman psychologique sur une crise heureusement dépassée.

Ricochet, Sophie Pilaire

 

« Ce charmant roman patchwork est le bienvenu dans une collection souvent abonnée aux textes sombres. L’adolescence et ses questionnements sont ici abordées sur le ton de la légèreté. Pas de grand drame existentiel, juste une ado qui s’interroge sur son avenir. Les chapitres courts et enlevés donnent la parole à tous les personnages, à travers leurs pensées, les mails qu’ils envoient ... Le père, absent, est représenté par un extrait d’agenda surchargé. Humour, fantaisie et profondeur, un vrai coup de coœur ! Filles et garçons s’y retrouveront. Dès la 4ème et au-delà ! »
 

Intercdi, septembre/octobre 2007

EXTRAITS

La mémé d’au-dessus :

 
La fille, pour reprendre un mot de la télévision, est une adolescente. [...] Elle s’habille avec des lambeaux de tissu. Quand elle se penche, on lui verrait presque les fesses. Et la mère ne dit rien. J’entends le soir les portes qui claquent, la musique qui hurle, la mère qui hurle encore plus fort, la musique qui s’arrête et la fille qui crie. Quasiment tous les soirs. Quand je raconte ça à ma fille, elle me rétorque que je n’ai qu’à aller dans une maison de retraite.

 

 
La mère :

 
Son père ! Que lui révéler sur son père ? La vérité ? Enfin, ma vérité ? J’ai peur du mal que je pourrais lui faire. Petite, je lui racontais de belles histoires, je lui disais qu’elle avait un père formidable, tellement formidable qu’il devait beaucoup travailler pour aider le monde à grandir et que pour cette raison il n’était jamais là.

 

 
Natacha :

 
Cette bécasse est si obsédée par son père, son voisin ET Johnny Tebbud qu’elle ne voit même pas que Vincent n’en a que pour elle ! Heureusement que j’ai des yeux, moi. Mais bon, passons.

 

 
Vincent :

 
Assise sur ses talons, face au feu, le dos et la tête droits, elle me fait penser aussi bien à une femme chamane invoquant les puissances de la nuit qu’à un guerrier samouraï se recueillant avant le combat. La grande plaisanterie à son sujet au bahut est qu’il vaut mieux se mettre la tête dans un volcan en éruption que chercher à l’embrasser.

 

 
Lucille :

 
Je ne serai jamais la gestionnaire d’entreprise carriériste que pourrait rêver mon père, ni une artiste emmurée dans son atelier comme ma mère, je ne me vois pas dans leur avenir, alors autant laisser mes classeurs de cours où ils sont, bien rangés dans mon sac et vivre comme j’ai envie, tant que je peux m’inventer mes histoires et mes fringues, sans me soucier des qu’en-dira-t’on du bahut et des regards moqueurs de l’immeuble, me raconter ce que je vais devenir plus tard, une actrice pleine de fougue qui intriguera tout le monde par sa liberté de mouvement, l’audace de ses tenues, me raconter une histoire où le voisin de palier me croise par hasard, vachement occupée à répondre au téléphone à des producteurs super célèbres qui voudraient m’inviter à déjeuner mais que j’enverrais chier sous ses yeux ébahis parce que je ne me laisserai jamais avoir par quiconque. J’aimerais aussi simplement le croiser par hasard, sans ma mère, en dehors de l’immeuble, un soir, comme ça, l’entendre un peu ému m’inviter au restaurant de sa voix grave et chaude (à lui, je ne dirais jamais non), le voir s’intéresser à moi, sentir sa présence attentionnée, regarder ses mains pendant qu’il parle, discuter pendant des heures, mais le hic, c’est ça, de quoi est-ce qu’on pourrait bien discuter ? Je n’ai pas de projets d’avenir, je n’ai que des rêves d’avenir. Je ne vais pas lui parler de Johnny Tebbud, je doute qu’il s’intéresse à la couture, je n’ai aucune idée de ce qu’il aime faire dans la vie et je n’y connais rien en foot ou en politique. Arrivée à ce stade là de mon histoire, je me sens drôlement inconsistante. Je préfère vite changer de scénario, imaginer qu’on sauve l’immeuble d’une bande de terroristes, qu’on s’embrasse furieusement dans la cave après avoir désamorcé une bombe anti-connards, qu’on est pris en otages, ligotés l’un à l’autre, qu’il m’aide à déjouer les plans pervers d’un obsédé sexuel ou qu’à deux, on réduise en lambeaux une bande de casseurs venus racketter la mémé du quatrième. Après, pour nous remercier, elle nous lègue l’immeuble, comme ça, on n’a plus besoin de bosser, on peut partir se reposer sous les cocotiers d’Honolulu. Mais en attendant le grand ciel bleu et les cocktails de rhum multicolores, c’est l’heure du ménage chez la mémé du quatrième, justement. Ca tombe bien, je sens qu’après avoir rien foutu de la journée, ça va viorner.


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