Emmanuelle Delafraye

Accueil Auto-portrait Tentative 1

Tentative 1


J’habite au Sud de la France, dans une petite maison au pied d’une colline de chênes. Je suis très sensible à la présence des arbres, je ne pourrai pas m’en passer et, pourtant, je n’arrive jamais à me souvenir de leur nom. Je suis institutrice à mi-temps. J’ai la chance de partager avec mes élèves ce que j’aime : la poésie et la littérature, les ateliers d’écriture, les arts plastiques, l’expression corporelle ... Il y a dans la besace de mon cœur deux enfants qui comptent énormément pour moi.

J’aime empoigner la vie à bras le corps, me sentir électrisée par elle, chercher à maîtriser son flux et, en même temps, j’ai un fort grand besoin d’être traversée par les rêves, de dériver, d’être en jachère. J’ai longtemps pris cet aspect de moi comme un travers, une anomalie, voire une anormalité, et puis je me suis faite à moi-même, petit à petit. Publier des livres m’y a aidé. J’ai pris conscience que les personnages nés de mon imaginaire pouvaient, à travers un livre, prendre vie dans l’imaginaire de personnes que je ne connaissais pas et j’ai trouvé ces naissances là très puissantes.

Que dire d’autre ? Dire d’autres contradictions. J’aime les contacts, la découverte de l’autre, les miracles des rencontres et en même temps le besoin d’être seule est en moi un maître très exigeant. Qui peut me commander n’importe où. Là, ce sont mes proches qui s’y sont faits. Je suis aussi un paquet d’émotions, une grenade prête à exploser, je pratique le taï-chi, j’ai beaucoup de mal avec les procédures, j’aime que les choses soient en ordre...

Pour conclure cet exercice périlleux, j’avais envie de citer Wislawa Szymborska * :

 

[...]

Quelle que soit la longueur de la vie,

le C.V. se doit d’être court.

 

On est prié d’être succinct et de trier les faits,

Transformer les paysages en adresses,

et les vagues souvenirs en dates fixes.

 

De toutes les amours, suffit le conjugal,

parmi les enfants, rien que les vraies naissances.

 

Qui te connaît, pas qui tu connais.

Les voyages si à l’étranger.

Appartenance à quoi sans pourquoi.

Distinction sans à quel titre.

 

Ecris comme si tu ne t’étais jamais parlé,

comme si tu te tenais à distance.

 

Passe sous silence chiens, chats, oiseaux,

souvenirs de pacotille, amis et rêves.

 

Prix plutôt que valeur

Titre plutôt que teneur.

Pointure de chaussure plutôt qu’où il va

celui pour lequel tu passes.

Joindre une photo avec une oreille bien visible.

C’est sa forme qui compte, pas ce qu’elle entend.

Et qu’est-ce qu’elle entend ?

Le ronflement des machines à broyer du papier.

 

* extrait de : De la mort sans exagérer, Paris, Fayard, 1996

 

Emmanuelle Delafraye

19/12/07, 39 ans


Suivre la vie du site RSS 2.0 | SPIP | réalisé par Éric Würbel